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"L’uniforme comme le drapeau synthétise le culte guerrier, en fait quelque chose de très grand et de très sublime une sorte de dogme infaillible que bien peu dédaignent ... " Henri BOUCHOT
(L’épopée du costume militaire français, 1898) Bon juge en la matière, le Feldmarshal WOLSELEY commandant en chef de l’ année anglaise, écrivait en 1898 "l’esprit militaire, repose en grande partie sur le prestige que confère l’uniforme. Quiconque connaît bien le soldat ne s’avisera de rien changer sans bonnes raisons aux détails d’une physionomie régimentaire... On peut tirer la plus grande somme possible d’actions utiles du soldat en l’amenant à considérer son uniforme comme bien supérieur à celui de tous ceux qui l’entourent".
C’est dire que les forces morales prépondérantes sur le champ de bataille, ne reposent pas exclusivement sur la bravoure individuelle des combattants et qu’un bon armement ne suffit pas pour constituer une puissante armée. S’y ajoutent des facteurs de fierté et de cohésion parmi lesquels figurent à juste titre le costume du soldat et son équipement. Signe de ralliement et de reconnaissance autour des chefs, du drapeau ou de l’ étendard, l’uniforme militaire distingue une troupe organisée d’une bande. Bien qu’ayant profondément évolué au cours des siècles, il a toujours contribué à donner au métier des armes sa noblesse et ses traditions.
La tenue militaire répond à bien des impératifs. Elle transforme la condition matérielle et morale de l’homme de guerre. L’habit protège le guerrier des intempéries parfois des coups. Il le distingue, donne de l’allure et du chic à sa personne. Il manifeste la dignité de l’état militaire, le grade ; l’ancienneté et le mérite. De tous temps, le combattant a eu le goût de ce qui brille et reluit, du galon, de la broderie, des couleurs voyantes et variées que MICHELET signale déjà chez les Gaulois. Pelisses, dolmans, chamarrés de brandebourgs, passementeries, ganses, soutaches, hongroises, tresses, sabretaches, constituent une infinie variété de parements ou ornements, impressionnent l’entourage (1), assurent à l’uniforme un prestige qui est de toutes les époques.
(1) Mathieu de la SIMONNE en 1623 : "200 soldats bien vestus paraissent davantage que 400 mal accomodez", (Alphabet du soldat et vray esclaircissement militaire).
Au XVIIème siècle, l’ abandon des armures fait disparaître la différence d’ aspect si considérable que présentaient le harnois guerrier et le costume civil sur lequel l’ habit militaire va désormais se modeler. Un siècle plus tard, pour matérialiser l’ égalité des hommes de même grade et surtout améliorer l’ esprit militaire, les armées royales vont prendre une tenue uniforme. Désormais il n’y aura plus dans le rang ni nobles ni roturiers, ni bourgeois,ni paysans, mais des troupiers français combattant pour l’ honneur du drapeau et la gloire des Armées. François Michel Le Tellier, marquis de Louvois permettant aux invalides de conserver l’ uniforme dans leur hôtel illustre toute l’ importance et la dignité accordées à la tenue du soldat, et Louis XVI dans une lettre à son Ministre de la Guerre estime que "l’ uniforme est un moyen simple et naturel pour mettre nos troupes sur le meilleur pied de celles de toutes les puissances du monde".
Sous la pression d’ événements majeurs ou plus simplement sous l’ influence de la mode vestimentaire à laquelle il sacrifie parfois, l’ habit guerrier va évoluer sans cesse. Les régimes politiques changent, la vie des camps l’ équipement et les armements se transforment et une perpétuelle adaptation est nécessaire. L’ habit succède au pourpoint avant d’ être remplacé par la tunique. Plus tard s’y ajoutent la capote, la redingote et le manteau. Avec les conflits modernes la tenue de campagne devient plus pratique et mieux adaptée aux circonstances du combat. Tantôt on se boutonne à la taille, tantôt au cou, tantôt enfin du col à la ceinture. Et souvent les usages imposent des modifications que le règlement entérine ultérieurement (2). Mais si l’ on constate au fil des années une tendance de plus en plus marquée vers l’ unification, on relève toujours le désir très vif de conserver dans les détails vestimentaires, la couleur des attributs, la forme des boutons ou de l’ insigne, une survivance du particularisme qui perpétue les glorieuses traditions de chaque Arme. L’ uniforme c’ est en effet une marque essentielle de l’ esprit de corps et peut être la plus fidèle expression de l’ honneur militaire. C’ est au XVIIIème siècle qu’appairait dans l’ armée française l’ uniforme militaire. Jusque là le costume du soldat et celui de l’ officier diffèrent peu du costume civil. Seuls, quelques rubans de couleur à la coiffure, des parements et des revers d’ habit de diverses nuances donnent la marque du Colonel propriétaire du régiment. En réalité, l’ état de militaire ne se reconnaît que par le port du "fourniment" : bandoulière portant les charges de poudre, sac à balles et poire.
(2) - "en matière d’ uniforme, souvent l’ usage est devenu la règle’ (Albert BABEAU "La vie militaire" - 1890).
En 1690, une ordonnance de LOUVOIS rend l’ uniforme obligatoire et prescrit aux capitaines de vêtir les hommes à leurs frais en dotant chaque soldat d’ une casaque. Celle-ci, portée très ajustée, prend le nom de justaucorps ou habit qui recouvrant plus ou moins complètement le pourpoint devenu veste ou gilet, se boutonne soit à la ceinture, soit au cou. En 1720 les couleurs de l’ habit, de la coiffure et des équipements sont réglementées, Elles varieront souvent d’ un régiment à l’autre. Si les régiments français d’ infanterie sont habillés de blanc ou de gris-blanc le bleu domine dans la cavalerie de ligne mais les dragons ont le vert à partir de 1762.
Les sept régiments du corps royal d’ artillerie sont vêtus de bleu de roi. Les régiments suisses et irlandais se distinguent par le rouge garance. La différence entre les régiments se marque encore dans la forme des poches, l’ insigne sur les fontes, les nuances du galon bordant les housses de selle. Le chapeau se porte bordé d ’ un galon or ou argent selon la couleur des boutons de l’ habit faits de cuivre ou d’ étain, Des plumes rehaussent souvent la coiffure, servant ainsi de signe de ralliement dans la mêlée. Elles seront peu à peu remplacées par des cocardes que les gardes françaises seront les premiers à arborer au chapeau vers 1720. En 1745, le Maréchal de SAXE donne le casque de cuivre dit "â la Schomberg" aux Dragons de la MORLIERE On sait qu’à cette époque l’ armée ne comporte pas d’unités permanentes pour assurer ses propres transports Dès qu’une guerre éclate, des marchés passés avec des entrepreneurs et les réquisitions permettent de réaliser tant bien que mal le ravitaillement des troupes, Les équipages constitués pour la durée des combats sont conduits par des charretiers civils regroupés en brigades et compagnies dirigées par des entre preneurs de charrois. C’est en 1689, sur le rapport de Monsieur du PILLE chargé des fournitures des armées royales, qu’on songe pour la première fois â équiper d’une manière d’uniforme les employés des équipages de charrois. Ils reçoivent sur leur paie une tenue avec des couleurs distinc tives pour chaque brigade (3) . Après la guerre de Sept Ans, l’uniforme militaire va subir ses premières modifications importantes, Les parements de l’habit sont réduits, les basques raccourcies et la taille resserrée, le chapeau devient tricorne. La giberne portée jusqu’alors au ceinturon sera mise en bandoulière et l’épaulette destinée à la retenir sur l’épaule apparaîtra en 1763. A la même date, se constituent les premiers équipages de vivres. Chacun comprend 26 charretiers dont 2 haut-le-pied, 24 voitures et 100 chevaux. Il est dirigé par un Capitaine des charrois, panache rouge au chapeau. Dés que ce capitaine a reçu sa commission il prend livraison du matériel et des chevaux puis perçoit aux magasins des entreprises les justaucorps, chapeaux, bas, souliers et fouets nécessaires aux charrois. Lorsqu’éclate la Révolution, la cocarde tricolore remplace la cacarde blanche et le 2 janvier 1791 les régiments débaptisés font place â 228 demi brigades complétées par 12 légions franches et 90 bataillons isolés.
(3). - d’après "le munitionnaire des armées" de NODOT, ancien commissaire des armées du roi.
Pour ce qui concerne les transports l’organisation existant sous l’Ancien Régime n’a pas varié, la réquisition et les entreprises civiles pourvoient toujours aux besoins des armées. Mais la levée en masse de 1793, le développement des armées de Ia République et les guerres incessantes menées contre les troupes Étrangères vont imposer finalement une militarisation de plus en plus poussée. des transports. L’organisation des charrois militaires, l’équipement et l’habillement des charretiers et des employés, évolueront de pair. On s’efforcera de constituer peu à peu une troupe plus homogène, surveillée, encadrée et dotée d’un uniforme distinctif. Tout d’abord, le 25 juillet 1793, un décret organise les équipages des charrois de vivres et ambul ances, confiés à l’administration d’une régie et contrôlés par des commissaires-inspecteurs, Nommés par la Convention (loi du 16 septembre 1793) ces derniers voient leur uniforme fixé le 11 octobre suivant, Identique à celui des commissaires des guerres (4), il s’en distingue toutefois par des boutons jaunes au milieu des quéls sont gravés le bonnet phrygien et l’inscription "Inspecteurs Généraux des charrois". Ensuite les 12 et 16 ventôse An III (2 et 6 mars 1795), l’organisation et l’équipement du personnel des charrois sont éta blis avec précision. Les entrepreneurs géniéraux auront l’habit bleu à collet et parements rouges avec boutons blancs portant l’inscription "Convois militaires", ils porteront le sabre avec baudrier noir. Une broderie en argent autour du collet et des parements marqueront leur rang, Leurs subordonnés, directeurs , contrôleurs, chefs de divisions, auront à quelques détails près (5) le même uniforme. L’habit des charretiers "qui pourra être de toutes les couleurs excepté le bleu" comportera l’ha bit-veste avec couleurs distinctives au collet et aux parements selon des catégories d’équipages : rouges pour l’artillerie jaunes pour les vivres, noires pour les équipages d’hôpitaux et vertes pour les équipages du campement et de l’habillement, Il faut pourtant attendre encore dix ans et le Consulat pour voir le Ministre directeur de l’Administration de la Guerre décider le 5 décembre 1803 (décret du 13 frimaire An XII) que "tout homme attaché au service des équipages près les camps ou les armées est tenu de porter un uniforme". Les charretiers, haut-le-pied et ouvriers des équipages se voient attribuer l’habit-veste marron avec revers, parements et collet bleu gris -de-fer, basques retroussés et agrafées, boutons blancs marqués "Armée française-Equipages" complétré par un gilet et une surculotte de drap marron. Un chapeau rond en feutre vernissé servira de coifflure, Le décret précise encore que les charretiers devront avoir un sac garni comme les soldats d’infanterie". ilne donne cependant aucune précision sur la chaussure qui, d’après ROUSSELOT (6), pouvait être la demi-botte ou la bottine.
(4) les commissaires de guerres créés en 15i7 par François 1er avaient des droits complets de surveillance sur tous les détails de l’armée. Chacun d’eux était assisté, d’un contrôleur des guerres sans lequel il ne pouvait signer, Ils disparurent en 1817 pour faire place aux Intendants Militaires, (5) broderie au collet seulement pour les directeurs, broderie sur les parements seulement pour les inspecteurs, boutonnière en argent à chaque extrémité du collet pour les contrôleurs, galon blanc argenté sur 1e collet pour les chefs de division. (6) Uniformes arrnement et équipement : "Le Train des Équipages de 1807 à 1815" (1965) .
En réalité jamais les équipages ne pourront être vêtus de manière satisfaisante. Le drap est rare et coûteux et les troupes de ligne elles-mêmes sont fort mal habillées. Chose plus grave les charrois ne donneront pas satisfaction dans leur service. Encore exécutés au début de l’Empire par une compagnie privée (compagnie BREIDT) ils continueront de susciter les plaintes et les reproches soulevés par l’insuffisance du système.
Aussi l’Empereur, qui avait créé le train d’artillerie en avril 1806 puis le train du génie en octobre de la même année, décide-t-il en mars 1807 de faire disparaître définitivement ce système de charrois qui remplit un "mauvais service" pour créer les premiers bataillons d’équipages des transports militaires.
Dès le 6 mars 1807, NAPOLÉON 1er écrit d’OSTERODE au Général DEJEAN, Ministre Directeur de l’Administration de la Guerre ; "Je voudrais former des bataillons de transport des équipages militaires... Je veuxfaire des équipages militaires comme du train d’artillerie qui m’a rendude très importants services..,. On donnera au train des Équipages un uniforme différent de celui du train d’artillerie". Le décret impérial du 26 mars 1807 portant création des huits premiers bataillons d’équipages ne fait pourtant nulle mention de cet uniforme. Mais l’Empereur auquel a été soumis dès le 25 février 1807 un projet détaillé d’organisation des bataillons va régler cette question au plus vite. Ne dit-il pas "qu’il faut que le soldat aime son état, qu’il y place ses goûts et son honneur.. c’est pourquoi les beaux uniformes sont si utiles".
Reprenant le projet du 25 février, une circulaire du 6 avril 1807 publiée au Journal Militaire du 28 mai 1807 définit la tenue des équipages : "l’uniforme des bataillons est le même que celui des bataillons du train d’artillerie (7), à l’exception que les revers, parements, collet, passepoil et doublure, seront de couleur marron. La partie du plumet qui se trouve gris-bleu, sera brun marron. Le bouton sera blanc avec le numéro du bataillon. Les retroussis de l’habit seront agrafés par une étoile de la même étoffe que l’habit pour les soldats et en argent pour les officiers".
La première description détaillée de l’uniforme du Train des Équipages semble avoir été publiée au Journal Militaire du 5 mai 1808 (pages 260 et 261) en même temps qu’un texte très complet sur l’organisation et l’administration des 10ème et 11ème bataillons du Train des Equipages Militaires. On peut y noter qu’à défaut du gris-de-fer on emploiera le bleu-de-ciel. L’instruction ministérielle précise également que l’usage du gilet à manches sous l’habit étant susceptible d’inconvénients pendant l’été, il serait à désirer ou qu’on put en ôter les manches à volonté ou qu’on lui substituat dans cette saison un gilet sans manches d’étoffe légère, qui serait établi au moyen des économies de la masse". Le Ministre fort soucieux du confort et de la santé du troupier "recommandait cet objet à la sollicitude des conseils d’administration".
(7) à cette époque, l’habit-veste du train d’artillerie a généralement les revers finissant en pointe et les parements ronds munis d’une patte ou taillés en pointe.
Quant à l’armement, c’est l’Empereur qui en donne lui-même le détail dans la correspondance qu’il adresse à DEJEAN le 26 mars 1808 : "Je désire que les officiers, le major inspecteur lui-même soient armés d’une carabine ou mousqueton, d’une paire de pistolets dans les fontes et d’un sabre 4 que les maréchaux-des-logis et les brigadiers aient le même armement... Les soldats auront une carabine, un baudrier et un sabre. Il y aura un soldat pour deux chevaux mais chaque soldat aura sa carabine et dans le temps d’exercice on les formera à charger, à tirer, à tenir leurs armes propres et à faire des évolutions les plus nécessaires".
Ainsi le conducteur devait être doté du même armement que son adversaire habituel, le cavalier léger, hussard ou cosaque. Mais dans la pratique, cet armement sera peu ou mal réalisé. Les équipages ne dispo- seront souvent que du sabre-briquet trop court pour être efficace et de mauvaises carabines. Si bien qu’on verra fréquemment en ESPAGNE les conducteurs se munir d’un fusil qui portait suffisamment loin pour répondre au feu des guérilleros.
Il existe plusieurs descriptions des premières tenues portées par les soldats-conducteurs notamment dans l’ouvrage de MALIBRAN (8) et dans le "Bourgeois de Hambourg". On appelle ainsi les 158 planches lithographiées et coloriées réalisées par les frères SUHR d’après les dessins pris au jour le jour par l’ainé Christian des uniformes des trou- pes en garnison à HAMBOURG de 1806 à 1815. Ce manuscrit, dont on ne connaissait plus que quelques rares exemplaires originaux au début du siècle, offre des reproductions très minutieuses et d’un intérêt historique exceptionnel. Sous la légende "officiers et soldats du 5ème Corps de l’armée de réserve" figurent aux pages 67, 68, 69 et 70 plusieurs officiers et soldats du Train des Équipages. Ils sont en habit-veste à drap gris-de-fer, culotte de peau et bottes de cavalier. Les uns sont coiffés du chapeau à cornes et d’autres du shako orné d’une plaque à aigle sur soubassement rectangulaire.
Sur la planche 69 du manuscrit, un soldat porte un habit court à une rangée de boutons et un trompette est figuré. avec une tenue à couleurs inversées : habit brun passepoilé de bleu, collets et parements bleus, gilet et pantalon bruns. Cet usage de l’inversion des couleurs distinctives était fréquent à l’époque.
Le bataillon des Équipages de la garde impériale créé. par décret du 24 août 1811 aura le même uniforme que les bataillons de la ligne mais pour se distinguer il prendra le shako de la garde avec plaque de la garde et cordon de shako blanc, l’aigle couronné , comme ornement de retroussis et peut être au début un plumet. Les officiers porteront l’aiguillette à partir de 1812 et le bataillon verra ses uniformes passepoilés d’écarlate pour séparer le fond de l’habit de sa distinctive marron.
Il faut ensuite attendre le règlement de 1812 dit "de BARDIN" et l’importante réforme vestimentaire voulue par l’Empereur pour avoir une dernière description de l’uniforme du Train des Équipages impérial. La tenue n’est pas sensiblement modifiée. L’habit-veste est gris-de-fer, les retroussis brun-marron de l’habit sont ornés de N couronnés de gris- de-fer, le shako est du modèle général garni en métal blanc avec plaque à numéro et houpette rouge.
(8) "guide à l’usage des artistes et des costumiers des uniformes de l’armée française de 1780 à 1848" paru en 1904 et ouvrage de base de tous les collectionneurs, établi à partir des règlements militaires.
C’est dans cette tenue que "les tringlots de la Grande Armée ni tout à fait cavaliers, ni fantassins complètement, un peu l’un et l’autre, habillés de gris, culottés de jaune, ayant pour toute arme le briquet, rempliront leur office impassibles sous la mitraille, ce qui pour les non combattants est la plus étonnante marque d’énergie" (9).
Le grognard avait appris à aimer son uniforme auquel il vouait parfois un véritable culte. On allait jusqu’à se quereller entre Dragons et Hussards pour la forme des boutons. C’est pourquoi au retour des Bourbons, les uniformes des armées impériales furent conservés presque sans changement. Pour le Train des Équipages la couleur des parements, collet, revers et passepoil passa du brun-marron au chamois s’ornèrent de fleur de lys chamois Le bonnet de police tait-gris-de- fer avec passepoils chamois et la cocarde du shako de basin blanc. L’armement consiste alors en un sabre droit de dragon, à garde de bataille pour les officiers, dit "forte-épée`". Le soldat du Train reste donc toujours mal armé et le sabre ne peut être qu’un pis aller pour le conducteur qui doit défendre son attelage contre des cavaliers.
Le 29 mars 1827 par décision royale, le drap garance est désormais donné comme couleur tranchante au corps du Train des Équipages, en raison des défauts que le drap de couleur chamois présente".
Quelques années plus tard en 1832 le pantalon garance sera porté par toute la ligne et subsistera jusqu’au début de la première guerre mondiale.
Une ordonnance de Louis XVIII datée du 23 mars 1819 avait créé des brigades du Train colonial des Équipages militaires à la GUADELOUPE, la MARTINIQUE, CAYENNE et l’île BOURBON. On ne trouve nulle trace d’un uniforme approprié au terrain et aux conditions climatiques pour ces unités, du reste supprimées en janvier 1825. Et c’est vérita- blement la conquête de qui marque en 1 830 le début des campagnes coloniales du Train des Équipages.
Affronter le soleil d’AFRIQUE et les pistes à peine tracées avec des effets ajustés et pesants était peu réaliste, aussi à l’initiative des commandements locaux de multiples innovations vont être prises pour alléger et simplifier la tenue. Consacrant ces mesures, une dépêche ministérielle du 25 juillet 1833 remplace pour toutes les troupes d’AFRIQUE le shako par 1a casquette (10). Plus tard, les épaulettes d°officiers fort incommodes en campagne cèdent le pas aux galons de manche ! le ceinturon succède au baudrier et aux banderoles de giberne, enfin la tunique détrône l’habit-veste. Un dessin d’Edouard DETAILLE extrait de l’ouvrage sur l’armée française paru en 1887 (11) donne un aperçu assez fidèle de l’habillement et de l’équipement des compagnies légères du Train des Equipages en ALGERIE vers 1840, Les soldats montés ont la casquette molle,garance et gris-de-fer, avec couvre-nuque La tunique aux larges revers et aux retroussis passepoils est boutonnée droite.
(9) "L’épopée du costume militaire français" (Henri BOUCHOT et JOB 1898) (10) - au shako va se substituer un "bonnet de police à visière" de drap appelé casquette. Un refrain militaire qui prendra naissance dans l’Armée d’AFRIQUE rendra célèbre celle du "père BUGEAUD". Ultérieurement cette casquette évoluera vers le képi. (11) - L’Armée française - types et uniformes (Édouard DETAILLE). La culotte garance portée avec jambières est complétée par des brodequins avec éperons. Le manteau roulé sur le troussequin de la selle est en drap gris-de-fer. Les hommes non montés portent la blouse serrée à la taille par 1e ceinturon et le pantalon d’ordonnance en toile blanche. L’armement règlementaire est composé du sabre courbe de canonnier monté, modèle 1829 et du mousqueton (12).
Cette évolution de la tenue imposée par les circonstances devait cependant être officialisée. C’est pourquoi en 1843 une commission de révision de l’uniforme présidée par le Maréchal SOULT fit adopter la tenue de l’Armée d’AFRIQUE â l’ensemble des troupes. Le 24 mars 1844, une décision royale attribuera comme signe de commandement, l’aigrette en plumes de héron blanc au Colonel du Train des Équipages Militaires comme à tous ceux des troupes combattantes.
Pour brosser un tableau complet de l’Arrne, il faut évoquer l’histoire des parcs de construction et des compagnies d’ouvriers constructeurs qui pendant trois quart de siècle feront partie intégrante du Train des Équipages Militaires.
Le premier établissement de construction et de réparation des équipages militaires fut créé au milieu du XVIIIème siècle pour faire face aux insuffisances notoires des entreprises privées de charrois. En 1740 le sieur BERCOURT se vit confier par le roi la direction d’un parc installé à SAMPIGNY en LORRAINE dans le logis et les dépendances d’un château acquis l’année précédente par la couronne. Ce parc avait pour mission de réaliser les caissons et harnais destinés aux charrois de vivres. Ainsi, au moment d’entrer en campagne, les entrepreneurs civils pouvaient prendre livraison du matériel nécessaire dont ils devenaient responsables pendant la durée de la guerre. Ils ne fournissaient que le personnel et les animaux. L’établissement de SAMPIGNY devint en 1793 parc national de construction des équipages des vivres puis en 1804 parc impérial des équipages militaires.
Ce n’est pourtant qu’en 1814 et grâce â l’ordonnance royale du 23 décembre que SAMPIGNY "recevra une organisation essentiellement militaire... sera mis sur le pied de paix et confié au Major CLICQUOT". En 1819 le parc est transféré â VERNON et un deuxième parc installé â CHA- TEAUROUX. A cette époque, et selon MALIBRAN, "les ouvriers des parcs paraissent avoir le même uniforme que les soldats des escadrons mais avec revers, parements et pattes d’épaule chamois". La campagne d’ALGERIE amènera 1a création de parcs à ALGER, ORAN et CONSTANTINE. Le personnel de l’état-major et des employés des parcs aura en fait toujours le meme habit que celui des escadrons â quelques nuances près : inscription sur les boutons, longueur des basques, forme et couleur du galon et de la ganse de coiffure. Et vraisemblablement comme dans les parcs d’artillerie, les maitres -ouvriers porteront leurs galons uniquement sur la manche gauche,
(12) - en fait, on retrouve tous les modèles de sabres de cavalerie dans les escadrons et pour la défense des colonnes on recherche toujours les armes à feu plus efficaces.
Parallèlement, avaient été constituées des compagnies d’ouvriers chargées d’assurer "les grandes réparations et la mise en place des pièces de rechange auprès des escadrons en campagne". La première compagnie créée et organisée ne novembre 1$09 par le Major CLICQUOT fut administrée par le 1er Bataillon du Train des Equipages Militaires. En 1855 il existait cinq compagnies fortes chacune d’une centaine d’hommes qui, jusqu’ en 1815, avaient la même tenue que celle des escadrons. Les compagnies se distinguaient entre elles par la couleur du pompon et la torsade des épaulettes. Sous la Restauration elles adoptèrent la tenue de l’infanterie avec le sabre soutenu par un baudrier blanc en sautoir. En 1837 sur l’avis du duc d’ORLEANS on donna aux compagnies comme couleur distinctive, l’aurore puis le garance.
En 1875 les parcs de construction et les compagnies d’ouvriers furent définitivement supprimés et leurs éléments versés à l’artillerie.
Appelé au service pour sept ans le soldat apprenait à respecter et à aimer les traditions de son régiment. Il lui faisait honneur par la correction avec laquelle il portait en ville l’habit ajusté et le shako. NAPOLÉON III considérait d’ailleurs que le costume "fait l’esprit de corps et contribue à donner de l’allure et de la bravoure au troupier". Aussi le Second Empire allait-il rétablir les tenues chamarrées et brillantes, variant avec les Armes ou subdivisions d’Armes, Guides, Lanciers, Dragons, Chasseurs, Carabiniers, Hussards, Cent-Gardes rehaussent de leur splendeur les parades, défilés et réceptions officielles.
La garde impériale reconstituée le 1er mai 1854 comporte à partir de février 1855 un escadron du Train des Équipages Militaires à trois puis bientôt six compagnies, comrnandé par le Chef d’Escadron HUGUENEY. L’escadron porte l’uniforme suivant (13) : dolman en drap gris-de-fer foncé à neuf brandebourgs écarlates et à cinq rangées de boutons d’étain estampés d’un aigle couronné, fourragère à raquettes, pantalon garance à bandes et passepoil gris-de-fer, shako en drap gris-de-fer à galon et chevrons écarlates portant une cocarde retenue par une ganse rehaussée d’un bouton à l’aigle et orné d’un pompon semi-sphérique en laine écarlate. Le manteau en drap gris-de-fer foncé est à manches et à rotonde. Les buffleteries de cuir blanc et la giberne orné d’un N couronné entouré de rayons complètent l’équipement. L’armement se compose d’un sabre courbe de cavalerie légère modèle 1822 et du pistolet à percussion pour les hommes montés ou du mousqueton d’artillerie avec sabre-baïonnette pour la troupe non montée. Les officiers portent le dolman avec brandebourgs noirs pour la petite tenue et ornements, galons, brandebourgs d’argent pour la grande tenue.
L’uniforme du Train des Équipages Militaires de la ligne est beaucoup plus sobre. Au début du Second Empire, la tenue comporte l’habit à plastron. Puis vers 1860, elle se simplifie et on arrive à l’habit gris de-fer boutonné droit sur la poitrine et au shako en cuir dit "boîte à cirage avec plaque à l’aigle commun à tous les régiments de la ligne. Il est orné d’une aigrette flottante de couleur garance. Les retroussis de la veste décorés d’une grenade sont gris-de-fer.
(13) L’album historique de l’ Armée et de la Mariné" 1905-1906) - page 89
Quelques semaines de campagne avaient suffi pour consacrer la défaite des armées impériales en 1870. Tirés des dépôts ou levés en tous points du territoire, des milliers d’hommes avaient été constitués en unités de marche ou de mobiles, mal équipés et habillés avec les ressources disponibles.
"La FRANCE avait à réparer ses ruines, à se refaire un régime politique et une puissance militaire" (14). Ce fut l’oeuvre de la IIIème République. Le 13 mars 1875 une loi fixa le nombre et l’organisation des corps de troupe du territoire. Le Train des Equipages qui comptait désormais officiellement au nombre des Armes, comprenait 20 escadrons affectés dans les vingt corps d’armée de Métropole. Sur le col du dolman gris-de- fer â brandebourgs noirs (15) (16) vont apparaître les écussons aux numéros des escadrons dont les chiffres sont en drap gris-de-fer foncé surfond garance. Le règlement de 1891 fixant les bases générales de l’instruction des troupes du Train des Équipages Militaires rappelle que le soldat porte "sur chaque épaule une bride formée de quatre brins de tresse carrée garance, se terminant par un trèfle avec un bouton aux deux extrémités pour rehausser l’habit du Train ....Cet ornement flatte le goût du soldat et satisfait son amour propre". Le shako couvert de drap garance depuis 1874 a cédé définitivement la place au képi à bandeau gris- de-fer, turban, calot et numéro du corps garance* Le pantalon du Second Empire, sous le genou duquel sont cousus des fausses bottes, ample mais peu commode pour l’action â pied est remplacé en 1899 pour toutes les troupes montées par une culotte de cheval ajustée sous le genou sur laquelle se bouclent des jambières de cuir noir ou houzeaux. Culottes et houzeaux seront portés sans grande modification jusqu’à la disparition des troupes à cheval.
C’est dans cet uniforme gris-de-fer foncé que l’active et la réserve territoriale fêtent le centenaire de la création du Train des Équipages Militaires le 26 mars 1907 au Vélodrome d’Hiver en présence du Ministre de la Guerre.
De 1830 à la veille de la première guerre mondiale le Train des Equipages a eu continuellement hors d’Europe une proportion de ses effectifs bien plus élevés que celle de n’importe quelle autre Arme métropolitaine. Elle atteint assez souvent plus de la moitié de son volume total. Cette vocation du Train pour les théàtres d’opérations extérieures ne laisse aucune trace dans son uniforme réglementaire. Comme les Chasseurs d’Afrique il aurait pu recevoir la tunique longue. Elle a été par fois portée localement mais n’a jamais été officialisée . Notons cependant qu’une décision de 1852 prévoit pour les compagnies légères (muletières) un uniforme "à la zouave" avec petite veste arabe gris-de-fer ornée de 9 brandebourgs courts écarlates, gilet et culotte garance.
(14)" Histoire de l’Armée Française" (Général WEYGAND) (15)- Vers 1900, en métropole la grande majorité des officiers ont le dolman noir, Avec les cavaliers légers en bleu-ciel, seuls tranchent nettement les officiers du Train portant la tunique gris-de- fer foncé. (16) En 1912, les brandebourgs seront définitivement supprimés. Les unités du Train combattant outre-mer verront leur tenue, évoluer en fonction des conditions climatiques ou géographiques. Chapeau de paille au MEXIQUE, tenue de toile écrue pour la troupe et bleue avec ceinture de flanelle bleue pour les officiers à MADAGASCAR, casque colonial, pantalon de toile et guêtres au TONKIN vers 1885.
A la mobilisation de 1914, le Train des Équipages met sur pied 625 compagnies hippomobiles soit plus de 100.000 soldats 140,000 animaux et près de 50 000 voitures dont une partie vient de la réquisition, Pour cette masse d’hommes importante, bien supérieure aux effectifs du temps de paix, l’équipement et l’habillement laisseront parfois à désirer. Si les formations d’active disposent de la tenue réglementaire par contre les formations territoriales mobilisées sont bien souvent en tenues d’appareilles. Dans un uniforme fréquemment rèalisé au grè des ressources locales, les conducteurs des convois hippomobiles assument leur tâche avec un dévouement remarquable, tout particulièrement au cours de la retraite de CHARLEROI. Après la MARNE, ces convois exécuteront le ravitaillement en vivres des troupes dans les tranchées. Cheminant interminablement vers la ligne de feu, le plus généralement de nuit, sur des routes éventrées et "marmitées’, les hommes se protègent à l’aide du lourd manteau à rotonde gris-de-fer foncé des troupes montées.
A la tunique gris-de-fer foncé et au pantalon garance succède après les hécatombes des premiers mois, une tenue de campagne moins voyante et mieux adaptée aux circonstances, Adopté en 1915, le drap bleu horizon pour les métropolitains et kaki pour les troupes coloniales fait son apparition. La tenue "bleu-horizon" est née : vareuse à petit col droit et deux poches, culotte-pantalon avec bandes molletières, capote ou manteau de cavalerie tombant sur les chevilles. L’adoption de la nouvelle tenue se fera progressivement. Le casque bourguignotte à grenade mis au point par l’Intendant ADRIAN coiffe tous les combattants du Train. Peu à peu la coupe des effets est améliorée et la tenue est désormais commune â toutes les Armes. Celles-ci ne se différencient plus que par les pattes de collet et les passepoils.
Au début de 1916, l’écusson vert à numéros écarlates sur la tunique distingue le Train des Equipages. Le vert passepoile aussi les culottes et bonnet de police. Pourquoi le vert ?
Plusieurs raison peuvent expliquer ce choix, avant la guerre de 1914, le personnel des Commissions de réception du service du ravitailla ment, regroupant des unités de transport automobile aux ordres de la Direction des Etapes et Services, portait un brassard vert. Cette même couleur verte associée au blanc a retenue pour les fanions arborés par les voitures de tourisme des premières unitées automobiles. Et puis sans- doute le vert était une couleur moins employée que d’autres.
Peu avant la Grande-Guerre on avait commencé à expérimenter les déplacements automobiles militaires. L’aide-mêmoire de l’officier d’état-major en campagne de 1913 définissait même la tenue des hommes de troupe des premières unités automobiles nouvellement créées : "uniforme du Train avec bandes molletières, capote ( à l’exclusion du manteau) et brassard de drap rouge frappé d’un. A majuscule en drap blanc"
Dès les premiers mois de guerre les transports automobiles vont prendre une importance nouvelle, qui ira sans cesse croissante. En octobre 1914 une instruction codifie l’utilisation des différentes sections de transport constituées (18) et organise méthodiquement le Service Automobile. Le Lieutenant-Colonel GIRARD le premier, le Chef d’Es cadron DOUMENC ensuite veilleront sur sa destinée.
Les "poilus automobilistes" rivalisent d’efforts et de zèle. Mais paletots canadiens, vestes de cuir, peaux de bique de diverses couleurs ne concourent pas â donner une allure militaire à cette troupe recrutée dans tous les régiments et manquant d’homogénéité. Bien des chauffeurs n’attendent pas que les effets de l’Intendance leur soient livrés et ils s’habillent à leurs frais. Le brassard rouge marqué d’un A, signe distinctif du Service Automobile, est souvent oublié. Des fantaisies s’en suivent avant que le Commandement ne décide de réglementer strictement la tenue. Le 15 mai 1918 une circulaire prescrit le port de l’écusson vert foncé (19). Les galons et boutons seront d’or, alors qu’ils restent traditionnellement d’argent pour le Train des Equipages hippomobiles. Le képi en drap noir portera une grenade or de 20 mm de hauteur et les galons or, les boutons seront unis. Le commandement fera même étudier divers projets de tenue pour les conductrices ambulancières. Si le Service Automobile n’appartenait pas en propre à l’Arme, les cadres et les soldats du Train y étaient nombreux. A la fin de la guerre plus de 12,000 dont 400 officiers y avaient servi. Et finalement le 1er octobre 1920 devait surgir de l’amalgame de ses unités, sous le commandement du Chef d’Escadron STEHLE, le 121ème Escadron du Train automobile, héritier du Service Automobile de la Grande Guerre, Le Train était désormais à la fois automobile et hippomobile.
Après l’Armistice de 1918, l’Armée française du Rhin commandée successivement par les Génèraux MANGIN, DEGOUTTE et GUILLLAUMAT va occuper pendant dix ans la tête de pont de MAYENCE tandis qu’en Métropole se reconstitue une armée du temps de paix, disposant de ressources financières limitées. Les préoccupations liées à la rénovation de l’uniforme militaire semblent alors secondaires et le principe de la tenue unique demeure de règle.
(17) - chapitre VII - Le Train des Équipages - pages 174 à 204. 18) - S.T.P. = section de transport de personnel, S.T.M. = section de transport de matériel, S.R.V.F. = section de ravitaillement en viande fraîche, S.S. - section sanitaire. (19) - nuance différente de celle du "vert-clair" adopté par le Train Hippo. Ce n’est que vers 1928 que l’uniforme du Train des Équipages commence de suivre une évolution qui tend à remplacer progressivement le bleu-horizon par le kaki. L’ample manteau à rotonde des escadrons montés, la vareuse â col droit, le bonnet de police bleu à pointes vont peu à peu disparaître pour faire place aux effets kaki. A 1a même époque le Train des Équipages prend la dénomination d’Arme du Train. Faisant suite à la loi du 28 mars 1928, un décret du 9 août 1928 fait cesser le rattachement du Train à l’Artillerie et b subordonne à la Cavalerie. Il se voit doté d’une Inspection Générale et d’une Sous Direction, ses jeunes officiers, désormais formés à SAUMUR, ne pourront manquer d’être marqués par les traditions de l’École de Cavalerie devenue l’École d’Ap-plication de la Cavalerie et du Train.
A partir de 7932, jugeant que l"officier ne peut porter à la guerre le même vêtement qu’à une réception mondaine et qu’une grande tenue inspirée par des soins d’élégance et d’esthétique est nécessaire"
le Ministre rétablit celle-ci. Sur la tunique de l’officier du Train, noire à col et pattes de parements bleu de roi, l’écusson de collet est en drap vert à numéros d’argent, les épaulettes avec brides et les galons argentés. Les boutons de tunique semi-sphériques sont argentés, à coquille unie, le ceinturon noir porte deux plateaux argentés ayant comme attribut une roue dentée et deux-ailes, le pantalon garance orné d’une bande simple de couleur bleu de roi est souvent tendu par des sous pieds, sur la bottine vernie élastique avec éperons argentés. Le bandeau du képi jusque là gris-de-fer devient bleu de roi. Cette nouvelle couleur n’est pas populaire, surtout chez les vieux officiers très attachés par tradition au gris-de-fer. Le Ministre tranchera le différend en septembre 1935 : Il prévoit alors le bleu foncé (20) pour le bandeau du képi et la bande de pantalon, tandis que le col et les pattes de parement deviennent garance. Dans la pratique, les officiers du Train adopteront rapidement un képi à bandeau noir, turban et calot garance, galonné d’argent qui s’apparente à celui de la Cavalerie Lourde. Ce sont encore maintenant les couleurs du képi de l’Arme.
A cette même époque, la tenue de campagne est d’un modèle uni forme pour la troupe et les cadres des 16 Escadrons, 15 Compagnies régionales et 7 Compagnies de camp qui forment l’essentiel de l’Arme. Sur la vareuse kaki, l’écusson est vert sans soutache et les chiffres en drap rouge pour la troupe ou argentés pour les officiers et sous-officiers. Dans certains escadrons automobiles les conducteurs arborent au bras gauche, un volant de direction en drap rouge ou brodé argent. Dans les unités montées, on porte les jambières de cavalerie ou les bottes de cuir acajou pour les officiers et noires pour les sous-officiers. L’armement comporte en principe le mousqueton pour la troupe, le sabre et le pistolet pour les officiers. La mitrailleuse de Saint-Etienne modèle 1907 et le fusil-mitrailleur modèle 1915 sont les armes collectives des unités. L’équipement ne dispose pas de bretelles de suspension et ne comprend souvent qu’une seule cartouchière au ceinturon.
(20) le bleu foncé est -toujours -aujourd’hui la couleur réglementaire du bandeau de képi, fixée par le Bulletin Officiel.
Le Train partira en campagne en septembre 1939 dans cette tenue de drap qui, couleur mise à part, rappelle beaucoup celle de 1918. Les officiers commencent toutefois à porter la vareuse à col ouvert avec la cravate régate et dans certaines unités apparaissent des équipements spécialisés, tels la veste de cuir et le casque modèle 1935 des unités motorisées. Les détachements de circulation routière de leur côCté arborent le brassard de manche vert et blanc qui reste aujourd’hui encore leur marque indiscutée. Un rappel historique semble nécessaire pour expliquer la raison de cet attribut. C’est au cours de la guerre 1914-1918 que la première commission règulatrice routière créée sur la VOIE SACREE a été dotée d’un brassard de manche distinctif. Il est possible que le Commandement se soit référé alors aux commissions régulatrices de chemin de fer. Ces dernières disposant d’un brassard vert et rouge, on choisira le vert et le blanc pour les "régulateurs routiers" (21). Il est passible également qu’il se soit inspiré des couleurs dévolues aux fanions des voitures de tourisme appartenant aux unités automobiles qui, d’après l’aide-mémoire de l’officier d’état-major en campagne (édition 1913) étaient le vert et le blanc. Plus tard, en 1923, cette décision prise sur le terrain sera confirmée par un bulletin officiel attribuant le brassard vert et blanc aux commissions régulatrices automo biles : Vers la même époque, commencent à apparaître des détachements de circulation adaptées aux Grandes Unités et manoeuvrant avec elles. Appelés "détachements d’orienteurs et de circulation routière de G.U." (D.O.C.R,/G.U.), ils portent sur le brassard de manche vert et blanc la lettre distinctive 0. Cette caractéristique sera conservée pendant la campagne de 1940 (22) où les D.O.C.R, devenus "D.C.R." par commodité d’appellation, paieront aux avant-postes un lourd tribut à la bataille.
L’armement des escadrons mobilisés reste toujours insuffisant. Parfois même des conducteurs partagent à deux un fusil Gras de modèle 1874 à un coup retubé en 8 mm qui leur assure une éfficacité illusoire. Seul le personnel des D.C.R. possède dans sa grande majorité un armement convenable.
Il parait difficile de parler d’uniforme durant la seconde partie de la guerre et au moment de la Libération. Nos troupes reconstituées en majeure partie hors de FRANCE sont équipées avec des effets américains ou anglais auxquels s’ajoutent pour certaines forces d’Afrique du Nord et pour les Forces Française de l’Intérieur des éléments d’uni- formes français. Entre temps et dès la fin de la première campagne de FRANCE l’écusson du Train a reçu les soutaches rouges, marque de son appartenance aux Armes combattantes (23).
(21) - on trouve l’illustration du fait notamment dans l’insigne de la commission régulatrice WEIL, qui, tirant parti de la phonétique, représente un ver blanc. (22) - le brassard du personnel des détachements d’orienteurs et de circulation routière de G.U, est décrit avec précision dans une directive du G.Q.G. en date du 11 janvier 1940. (23) - deux soutaches rouges pour les formations de métropole et trois pour celles d’AFRIQUE DU NORD. Désireux de donner à leurs hommes vêtus d’uniformes alliés un attribut bien français, quelques chefs de corps décident de les doter d’un bonnet de police de couleurs traditionnelles. Ces initiatives particulières vont faire tâche d’huile.
A la 1ére Division Française Libre, tandis que le commandant du Train porte le calot vert, le personnel de la 101ème compagnie auto se coiffe du calot bleu foncé à pas- sepoil rouge et le détachement de circulation routière d’un calot à coiffe rouge et rabattants bleu ciel (24). Par contre au Train de la 5ème Division blindée, créée au MAROC en 1943, la coiffure de tradition est verte à soufflet blanc. Dans les formations du Train de la 1ère Armée on voit également un bonnet de police bleu marine à soufflet vert. Devant la prolifération des modèles qui touchent d’ailleurs les différentes Armes, le commandement décide de réglementer le port et les couleurs du calot dès 1945. Le Train initialement coiffé en vert et rouge, couleurs qui étaient aussi celles de la Légion Etrangère, recevra finalement le calot bleu foncé à soufflet et passepoil verts et l’on doit au Colonel BOUCAUD, Commandant du Train de la 1ère Armée le choix dé- finitif de ces couleurs. Vers la même époque, après le calot imité des Britanniques, apparaissent les pattes d’épaules de couleur. Les premières semblent dater de 1941 et sont copiées sur celles des Troupes Spéciales du LEVANT. Portées sur la tenue de sortie, en drap vert avec le numéro du corps brodé, elles deviennent vite pour le Train bleu foncé avec passepoil vert. Dans cette période de coquetterie, apparaît également le gilet d’Arme d’officier porté sous la vareuse qui sera pour le Train de drap noir avec rangée de boutons argent.
A partir de 1945, le Corps Expéditionnaire Français en INDOCHINE va mener pendant huit ans une guerre sans front contre un adversaire tenace et souvent insaisissable. Sur un terrain difficile, tantôt montagneux, tantôt marécageux et sous un climat tropical particulièrement pénible, le combattant s’allège au maximum. Unités de secteurs et forces mobiles adoptent le treillis de toile kaki ou camouflée à col ouvert, et manches roulées. Elles remplacent le casque par le chapeau de brousse à larges bords et substituent fréquemment au brodequin de cuir la chaussure en toile et caoutchouc. Sauf au TONKIN et sur les plateaux pendant la saison froide, les effets de drap sont abandonnés.
Amené par les circonstances du combat et notamment l’insécurité généralisée des voies de communication à faire face en toutes circonstances à an ennemi dilué, sur le terrain, le Train va prendre durant toute cette période sa large part dans la lutte. Les tenues de campagne du conducteur de G.M.C. ou de jeep, du muletier ou du pilote d’engin amphibie, se confondent avec celles de leurs camarades des groupements mobiles. Seuls s’en distinguent le personnel des unités de circulation équipé de son traditionnel brassard vert et blanc et du casque léger, alors blanc à bande verte, ainsi que les hommes des compagnies de ravitaillement par air coiffés du béret bleu des parachutistes métropolitains.
(24) Revue "le passepoil" (26ème et 27ème armées). En Afrique du Nord , de 1954 à 1962, la variété des unités du Train explique la variété des uniformes. Si les formations portent en majorité le blouson et le pantalon de la tenue dite "modèle 46" dérivée du battle-dress britannique de la dernière guerre, les bataillons de marche du Train adoptent la tenue de combat de l’infanterie. Les commandos de chasse du Train reçoivent la tenue camouflée "léopard" et la cas- quette des parachutistes, le tout souvent recouvert de la cachabia en laine brune des montagnards du djebel, les harkis des escadrons à cheval ont la tenue de campagne des spahis algériens et arborent en tenue de parade le chèche blanc noué en turban et agrafé de l’insigne métallique du Corps, le double burnous rouge et blanc. Les unités sahariennes du Train revêtent la tunique de toile blanche avec le "séroual" noir à broderies blanches, la ceinture, les épaulettes et les équipements de cuir rouge, les boutons dorés estampés du croissant et de l’étoile à 5 branches, les galons d’or et le képi bleu ciel, le double burnous bleu et blanc.
En 1962. le retour en FRANCE de l’Armée d’Afrique au terme des opérations menées en ALGERIE marque le début d’une profonde transformation des forces. L’ère des grandes opérations outre-mer est apparemment close et l’Armée regroupée sur le territoire métropolitain et ses glacis, est engagée dans la préparation d’une défense d’un caractère nouveau. Les confrontations directes, les vastes mélées du champ de bataille ou les expéditions lointaines doivent faire face à des affrontements plus complexes et plus scientifiques d’où toute fantaisie est exclue. L’uniforme militaire ne peut manquer d’en subir les conséquences. La tenue de campagne s’efforce de répondre à tous les impératifs des combats en ambiance nucléaire, la tenue de travail veut être pratique, économique et dépersonnalisée. MARS a cédé le pas à ODIN (25) ....
Les Armes et subdivisions d’Armes perdent leur particularisme avec la suppression des bonnets de police de tradition aux couleurs voyantes, remplacés pour toute l’Armée de Terre par le béret bleu-foncé. Le Train se différencie des autres Armes par son insigne métallique argenté, porté sur le côté droit de la coiffure (26), et l’écusson vert à double soutache rouge.
Les unités de circulation conservent le brassard vert et blanc et le casque à bande blanche circulaire, Seules les unités parachutistes du Train qui ont gardé le béret amarante (27) et l’écusson à double sou tache bleue sur fond vert ont des attributs différents.
(25) - ODIN, dieu scandinave de la vaillance réfléchie et de la sagesse, par opposition à MARS, divinité impétueuse des Romains. (26) - roue dentée ailée dans un cercle, identique à l’attribut figurant sur les plateaux du ceinturon de la grande tenue de 1935. (27), Jusqu’en 1958, les parachutistes portaient le Béret amarante dans les troupes coloniales et bleu dans les troupes métropolitaines. A partir de cette date la couleur amarante a été uniformisée pour toutes les troupes parachutistes et le bleu attribué à l’Aviation Légère de l’Armée de Terre.
Mais la panoplie vestimentaire de l’officier demeure encore incomplète. Après la création en 1954 pour les officiers d’un habit de soirée de couleur bleu-nuit avec gilet d’arme, l’Armée de Terre renoue heureusement en 1965 avec une tradition fort ancienne en dotant ses officiers d’une tenue de cérémonie bleu-armée (28). La vareuse est à col ouvert sans poche, boutonnée droit, cintrée et fendue dans le dos. Les galons sont portés sur le bas des manches et l’appartenance à l’Arme est indiquée par l’estampage des 5 boutons de vareuse, marquées pour le Train de la roue dentée ailée. Cette grande tenue confère le cachet et la prestance nécessaire et contribue à rehausser l’état de l’officier. Elle n’a pas le chatoyant et le somptueux des uniformes du siècle passé, ce qui est concevable mais on peut aussi lui reprocher de ne pas marquer avec suffisamment de netteté les distinctions entre les Armes. Quoiqu’il en soit, ainsi est né le dernier en date de tous les uniformes que le Train a porté au cours de plus d’un siècle et demi et qui clôture provisoirement cette épopée du costume militaire faite de gloire, de souvenirs illustres mais aussi de sacrifices et de grandes épreuves.
L’évolution de l’uniforme du Train est l’image et le reflet de son histoire, de la vie de ses officiers, de ses sous-officiers et de ses hommes dans les quartiers et dans les camps, à l’exercice et en campagne, à la parade et au combat. C’est le récit d’une continuelle adaptation à l’événement, au style d’une époque, à la diversification des missions, aux circonstances des engagements. Facteur de cohésion, marque d"appartenance â cette institution nationale qu’est l’Armée, l’uniforme du Train reste par ses détails le symbole de la personnalité de l’Arme.
Loin d’être un objet de musée désuet, l’habit militaire a toujours été et reste l’insigne d’une tradition vivante. "Soyez fiers de votre uniforme et de ce qu il représente. Il est temps que cette fierté soit restaurée sans complexe". Ainsi s’exprimait le Président de la République, Monsieur Georges POMPIDOU, devant les Officiers Généraux qu’il recevait à l’Élysée le 13 juillet 1973.
(28) - c’est une décision du 28 juin 1965 signée de NT. Pierre MESSMER, Ministre des Armées, qui fixe la composition de cette nouvelle tenue de cérémonie.Pour redonner du panache à la tenue militaire et raffermir l’esprit de corps, le Chef d’Etat-Major de l’Armée de Terre, a décidé récemment d’instituer un plastron de parade. D’une couleur unique pour chaque Arme, ce plastron ne peut évidemment pas restituer les couleurs traditionnelles de chacune d’elles. Le blanc fut choisi pour le Train et dans une lettre autographe du 9 novembre 1973 le Chef d’Etat-Major de l’Armée de Terre écrivait au Général Inspecteur du Train : "Je suis convaincu qu’avec vos képis foncés, votre tradition de marier les couleurs verte et blanches. C’est cette dernière qui conviendra le mieux à l’Arme du Train pour ses plastrons de parade..."
Et c’est ainsi que le Train né sous le signe du gris-de-fer des équipages combiné avec le brun-marron puis le chamois et le garance avant d’arriver au vert et blanc, a été le premier à porter le nouveau plastron de parade au cours de la prise d’Armes du 26 mars 1974 qui, dans la cour d’honneur des Invalides instituait la "Journée du Train et commémorait la création en 1807 des Bataillons d’Équipages de Transports Militaires.
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